PAP, 19 centimètres, 70 grammes. Si ses mensurations n'ont pas de quoi impressionner, il ne faut pas s'y fier. Son air de mignonne boule de plumes fragile, dissimule en réalité d'extraordinaires aptitudes.

PAP

PAP est un gravelot à double collier (Charadrius bicinctus) mâle. Comme tous les représentants de son espèce, il a vu le jour en Nouvelle-Zélande. Son espèce est endémique du pays du grand nuage blanc, mais elle appartient à la grande famille mondiale des oiseaux limicoles, qui compte parmi les siens les plus étonnants migrateurs ailés capables de parcourir sur d'incroyables distances notre planète au gré des saisons. Comme eux, PAP est aussi un grand voyageur.

En bon voyageur, PAP est titulaire d'un passeport qu'il arbore fièrement à sa patte droite, sous forme d'une petite étiquette blanche où est inscrit son nom.

PAP

PAP a reçu ce passeport au cours de la belle journée du 20 octobre 2017 sur sa plage de galets préférée d'Eastbourne, près de Wellington, la capitale Néo-zélandaise, des mains sa marraine, Ros. Ros est bagueuse bénévole et fait partie de l'équipe de volontaires qui suit PAP et ses compagnons dans le cadre du programme d'étude du MIRO (Main Island Restoration Operation)*.

Ros Bachelor

PAP a une compagne nommée PAT.

PAT

Ils sont fidèles aux rivages d'Eastbourne où ils nichent régulièrement.

Ils y trouvent en effet les graviers et galets les plus chauds et et les plus confortables pour y installer leur nid, à même le sol dans une petite cuvette sommairement garnie de débris végétaux.

PAT pond 2 à 3 oeufs par nichée qu'elle couve avec PAP pour voir éclore de jolis poussins qu'ils élèvent sur le rivage.

Poussin

En dehors de ses obligations parentales, PAP se balade parfois du côté du lac Kohangatera, à quelques kilomètres au sud d'Eastbourne où les bénévoles du MIRO l'observent périodiquement.

Lac

C'est sur ce site qu'ils l'ont vu pour la dernière fois cette année le 27 février 2020. Ils savent alors que la saison de nidification achevée et les rigueurs de l'hiver austral approchant, PAP et ses congénères, vont s'envoler vers des contrées plus clémentes et qu'ils ne reviendront qu'avec les beaux jours de fin d'année vers le mois d'octobre.

Fin de saison, départ

Début juillet 2020, à 2.300 kilomètres au nord d'Eastbourne, sur les vasières de Nakutakoin, près de Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Liliane, membre de la SCO parcourt par une matinée venteuse les vasières de l'estuaire de la Dumbéa et les anciens bassins de la ferme aquacole à l'occasion d'une de ses tournées régulières des marais du littoral de la côte Ouest.

Bassin à crevettes

Liliane guette les mouvements de limicoles et recherche particulièrement à cette époque les gravelots à double collier qui doivent être arrivés de Nouvelle-Zélande et qu'elle n'a pas encore observé cette saison. Elle repère justement un groupe d'une quinzaine d'oiseaux et après une vérification aux jumelles obtient confirmation : il s'agit bien des très attendus gravelots à double collier. Elle prend quelques clichés. Parmi ces oiseaux, l'un est porteur d'une étiquette. Après quelques clichés de vérification supplémentaires, il n'y a aucun doute : c'est bien PAP qui est venu prendre ses quartiers d'hiver en Nouvelle-Calédonie.

PAP

Trajet PAP

PAP et une quinzaine de ses compagnons se sont établis pour la saison fraîche à Nakutakoin où ils ont déjà été observés à plusieurs reprises. Si PAP a choisi ce site, c'est que le milieu est riche et abondant en nourriture. Il y trouve en effet un festin de ses invertébrés marins préférés qui lui permettront de constituer les réserves énergétiques qui lui assureront le long vol du voyage de retour vers la Nouvelle-Zélande sans risque et d'entreprendre une nouvelle saison de reproduction.

PAP perpétue ainsi au fil des ans les cycles de vie et de migration de son espèce comme ses parents et ses ancêtres avant lui. Pourtant PAP vit aujourd'hui dans un monde plein de dangers et de menaces qui le guettent et peuvent mettre en péril toute son espèce. 

Au cours de la dernière saison de nidification,  PAP et PAT ont conduit deux nidifications qui ont vu éclore à chaque fois des poussins. Malheureusement, aucun de ces poussins n'a survécu aux attaques de chats qui ont ravagé la colonie d'Eastbourne. En Nouvelle-Zélande, comme en Nouvelle-Calédonie, l'impact des prédateurs introduits pose des problématiques majeures de conservation des espèces natives qui y sont confrontées.

De façon plus globale, les limicoles comme PAP et toutes les autres espèces de la famille à travers le monde, sont directement menacés par les perturbations et la disparition des milieux dont ils dépendent, et particulièrement des zones humides, tout le long des routes de migration et sur les sites d'hivernage. En Nouvelle-Calédonie comme ailleurs les habitats côtiers disparaissent victime de l'urbanisation et du développement économique. On sait ainsi que les anciens parcs d'élevage de crevettes que fréquente PAP à Nakutakoin disparaîtront prochainement au profit de la construction d'une marina. Partout à travers le pays, les rivages et habitats cotiers sont exposés aux dégradations et dérangements humains de toutes sortes, à l'impact des mamifères introduits et aux nuisances diverses liées notamment à la divagation des chiens ou l'absence de maitrise par leurs maitres.

Heureusement, partout à travers le monde des initiatives et programmes pour l'étude et la conservation des limicoles se développent. Alors que dans la région de Eastbourne la population de Gravelots à double bande est vulnérable, le MIRO (Main Island Restoration Operation), initiative regroupant une centaine de bénévoles, a mis en place un programme de baguage et de suivi visant à mieux connaître la dynamique de la population locale de gravelots et les menaces auxquelles elle est exposée.

MIRO

En Nouvelle-Calédonie, alors que le pays se trouve dans la zone d'influence d'une des plus importantes voie migratoire par les limicoles faisant le tour du Pacifique, la SCO assure une veille permanente et un travail de sensibilisation sur l'importance des habitats côtiers pour les populations de limicoles. Au niveau mondial, Birdlife International a mis en oeuvre un programme global, FLYWAYS, visant à fédérer les initiatives locales de protection des habitats le long des grands voies migratoires autour de la planète.

Souhaitons bonne chance à ces initiatives de conservation pour que se perpétue le grand voyage de PAP et de tous les limicoles à travers le monde.

Grand merci à Parker, Ros, Richard et Annette du MIRO, Sandy du Banding Office - Deprtment of Conservation, Thomas, Liliane et David de la SCO. Photos présentées avec l'aimable autorisation du MIRO.

  • (*) En savoir plus sur le programme d'étude du MIRO sur le gravelot à double bande : ici.
  • Bien observer les limicoles.

Il est important de comprendre qu'en dérangeant les limicoles on comprommet leur capacité à reconstituer leurs réserves énergétiques vitales. Celles-ci leurs sont indispensables pour leur long vol de retour vers les régions d'estives (Nouvelle-Zélande, Mongolie, Sibérie, Alaska...) et pour entreprendre leur prochaine saison de reproduction. 

De manière générale, l'observation doit se faire à distance, au moyen de jumelles pour ne pas perturber les oiseaux qui se nourrissent ou se reposent. Ne pas courrir, ni s'agiter. Tenir son chien en laisse, l'idéal étant de le laisser à la maison. Ne faites pas s'envoler les oiseaux, ne les poursuivez pas, ne les harcelez pas. De manière générale, les limicoles ne sont pas spécialement farouches, une attitude calme et patiente permet généralement de belles observations.

  • Que faire si vous découvrez un oiseau marqué ?

- Relevez l'espèce, la localisation la plus précise possible, date et l'heure de votre observation.

- Si l'oiseau porte des bagues de couleur, relevez l'ordre des couleurs sur chaque patte (par exemple : patte droite : rouge sur bleu / patte gauche : jaune sur métal)

- Si l'oiseau porte une autre marque (étiquette à la patte, sur l'aile, nasale...), relevez la couleur et la position de la bague sur le corps de l'oiseau, les inscriptions et leur couleur figurant sur la marque.

- Dans tous les cas, une photo pourra être une aide précieuse pour identifier l'oiseau.

- Transmettez vos informations à la SCO (https://www.sco.nc/contact) qui s'attachera à identifier l'origine du baguage et vous tiendra informé.

  • Avis de recherche.

PAT

Si au cours de vos balades sur les côtes de Nouvelle-Calédonie, vous repérez PAT, la compagne de PAP, ou tout autre oiseau marqué, quelle que soit l'espèce, merci de contacter la SCO  (https://www.sco.nc/contact) dans les meilleurs délais.