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| ESCALE À MALABOU |
| Une barge rousse baguée en Nouvelle-Zélande observée à Poum |
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| Les observations d'oiseaux bagués sont peu fréquentes en Nouvelle-Calédonie. Fin septembre, deux membres de la SCO ont repéré à Poum une barge rousse portant une étiquette « AUE » à la patte. Son histoire nous est parvenue de Nouvelle-Zélande, où elle a été baguée en 2008. |
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| L'accueil et la table de l'hôtel Malabou Beach sont bien connus des Calédoniens. Mais la réputation de l'établissement va bien au-delà de notre récif, et c'est une globe-trotteuse un peu particulière qui le confirme. Venue d'Alaska après plus de 11 000 km de vol, elle a choisi de faire étape sur la célèbre plage de l'hôtel, en privilégiant toutefois un menu gastronomique original : vers marins et petits crustacés, qu'elle trouve en abondance sur le platier à marée basse. |
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| Au menu : un ver marin, extrait du sable à marée basse. |
| C'est là que, le 28 septembre 2026 à 17 h, un membre de la SCO, repère notre voyageuse : une barge rousse en pleine alimentation. Elle porte à la patte droite une étiquette blanche (bague drapeau). Le lendemain, un second membre de la SCO confirme sa présence au même endroit et la photographie. Sur ses photos, le code « AUE » gravé sur le drapeau est parfaitement lisible. |
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| Très occupée à se nourrir, AUE se laisse identifier sans difficulté. |
| La barge rousse en bref |
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Nom scientifique : Limosa lapponica.
Allure : grand limicole au long bec légèrement retroussé, qu'il enfonce dans le sable et la vase pour y chercher vers et petits crustacés. La femelle est plus grande que le mâle et porte un bec nettement plus long. L'espèce doit son nom au plumage roux que les mâles arborent en période de reproduction ; le reste de l'année, elle porte une livrée gris-brun plus discrète. |
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| Bec entièrement enfoncé dans le sable, AUE sonde à la recherche de ses proies. |
Migration : elle niche en Arctique et passe la saison de non-reproduction dans l'hémisphère sud, notamment en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Record : en octobre 2022, un jeune de cinq mois équipé d'une balise satellite a relié l'Alaska à la Tasmanie : 13 560 km sans escale, en 11 jours. Il a survolé le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie sans s'y arrêter. C'est le plus long vol sans escale jamais enregistré chez un oiseau.
Statut : quasi menacée (Liste rouge mondiale de l'UICN). |
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| Grâce à ce signalement, relayé auprès du Pūkorokoro Miranda Shorebird Centre en Nouvelle-Zélande, nous connaissons aujourd'hui l'histoire de cet oiseau. |
| Une femelle fidèle à son site d'hivernage depuis près de deux décennies |
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| AUE a été baguée le 29 novembre 2008 à Pūkorokoro/Miranda, sur le Firth of Thames, au sud d'Auckland. C'est une femelle, déjà adulte lors de son marquage : son âge est aujourd'hui estimé à au moins 21 ans. Depuis 2008, elle a été revue plus de 70 fois à Miranda, où elle revient fidèlement. Elle y a été observée pour la dernière fois le 18 mars 2026, à l'approche de la migration vers les sites de reproduction de l'hémisphère nord. Elle a aussi été repérée à Newcastle, en Australie, en octobre 2014 et en octobre 2019. |
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| Les observations connues d'AUE depuis son baguage en 2008. |
| Son passage à Poum fin septembre correspond à la période durant laquelle les barges rousses survolent le Pacifique vers le sud après avoir quitté l'Alaska en fin de saison de reproduction. La Nouvelle-Calédonie leur offre une des rares aires de repos sur cette autoroute du ciel. Les conditions météorologiques difficiles de ces jours-là ont peut-être aussi incité AUE à faire une pause. |
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| Le platier de Malabou à marée basse, le 29 septembre 2026, jour où AUE a été photographiée. |
| Pūkorokoro/Miranda, l'autre « maison » d'AUE |
Situé sur la rive ouest du Firth of Thames (Tīkapa Moana), à une soixantaine de kilomètres au sud-est d'Auckland, Pūkorokoro/Miranda est l'un des hauts lieux de l'observation des limicoles dans l'hémisphère sud.
Le Firth of Thames compte parmi les trois zones côtières les plus importantes de Nouvelle-Zélande pour les limicoles. Il est inscrit depuis 1990 sur la liste des zones humides d'importance internationale de la convention de Ramsar. Ses vasières, découvertes à marée basse, couvrent environ 8 500 hectares, et 74 espèces d'oiseaux y ont été recensées. Les plus abondantes sont la barge rousse, venue de l'Arctique, et le bécasseau maubèche, venu de Sibérie.
Le littoral de Miranda présente une particularité géologique rare : une succession de longs bancs de coquillages, alignés parallèlement au rivage. Les marées et les tempêtes les ont accumulés depuis environ 4 500 ans. Ces bancs, que les géologues appellent « cheniers », offrent aux oiseaux des reposoirs à marée haute.
Le Pūkorokoro Miranda Shorebird Centre, ouvert en 1990, est géré par le Pūkorokoro Miranda Naturalists' Trust, fondé en 1975. Il défend les limicoles et leurs habitats, soutient la recherche et l'éducation, et sensibilise le public à l'écologie côtière.
👉 shorebirds.org.nz |
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| Chaque année, les barges rousses qui hivernent en Nouvelle-Zélande parcourent une boucle de près de 30 000 km. À l'aller, elles volent vers la mer Jaune (Chine, Corées), où elles font une escale indispensable pour reconstituer leurs réserves. Elles gagnent ensuite l'Alaska pour s'y reproduire. Au retour, elles traversent le Pacifique : plus de 11 000 km, souvent d'une seule traite, sans se poser, sans boire ni s'alimenter, en une dizaine de jours. C'est l'un des plus longs vols sans escale connus dans le monde animal. Pour tenir, elles accumulent avant le départ d'importantes réserves de graisse, qu'elles brûlent en vol : à l'arrivée, elles ont perdu près de la moitié de leur poids. |
| Si l'on cumule toutes ses migrations depuis vingt ans, AUE a probablement parcouru plus de 500 000 km. C'est davantage que la distance de la Terre à la Lune ! |
| Des oiseaux qui vivent longtemps… mais fragiles |
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| Avec au moins 21 ans au compteur, AUE montre qu'une barge rousse peut vivre très longtemps et enchaîner ces voyages année après année. Mais ces exploits ne doivent pas masquer une réalité inquiétante : les populations de barges rousses et de nombreux limicoles migrateurs du Pacifique sont en déclin. La barge rousse est classée « quasi menacée » sur la Liste rouge mondiale de l'UICN. Plusieurs menaces pèsent sur elles : |
- La disparition des vasières, en particulier en mer Jaune, où une grande partie des zones intertidales a été remblayée ces dernières décennies. Privés de ces escales, les oiseaux ne peuvent plus refaire leurs réserves.
- Le dérangement sur les sites de repos et d'alimentation : promeneurs, chiens en liberté, engins motorisés, sports nautiques. Chaque envol forcé coûte une énergie précieuse à des oiseaux épuisés par des milliers de kilomètres de vol.
- L'aménagement du littoral et l'élévation du niveau de la mer, qui réduisent les espaces disponibles, notamment à marée haute.
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| Les limicoles qui font escale ou hivernent en Nouvelle-Calédonie dépendent de nos platiers, estuaires, mangroves, vasières et îlots. Nous avons donc une responsabilité directe dans leur survie. |
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| AUE en compagnie d'une congénère : pendant que l'une se nourrit, l'autre se repose. |
| Bien observer les limicoles |
| À l'arrivée, ces oiseaux sont épuisés. Pouvoir se nourrir et se reposer tranquillement leur est vital : c'est ainsi qu'ils reconstituent les réserves nécessaires pour survivre et repartir. |
- Observez à distance, avec des jumelles, sans faire envoler les oiseaux.
- Restez calme : ne courez pas et ne vous approchez pas en ligne droite.
- Tenez votre chien en laisse et à l'écart des oiseaux ; l'idéal reste de le laisser à la maison quand vous partez en observation.
- Évitez les reposoirs à marée haute, quand les oiseaux sont concentrés et n'ont nulle part où aller.
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| À marée basse, le platier est un garde-manger vital pour les limicoles. |
| Vous croisez des limicoles ? Laissez-les se nourrir tranquillement : ils ont des réserves à reconstituer et encore beaucoup de chemin à faire ! |
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| Que faire si vous observez un oiseau marqué ? |
- Notez l'espèce, le lieu précis, la date et l'heure.
- Relevez la couleur et la position des bagues ou étiquettes sur chaque patte, ainsi que les inscriptions et leur couleur.
- Prenez une photo si possible : c'est une aide précieuse.
- Transmettez vos informations à la SCO via sco.nc/contact ou saisissez-les sur nc.observation.org. Nous nous chargeons d'identifier l'origine du baguage et vous tiendrons informé.
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| Chaque observation compte : celle de nos membres, fins observateurs, a ajouté un nouveau chapitre à l'histoire d'un oiseau suivi depuis près de vingt ans. |
| Un grand merci aux observateurs de la SCO pour le partage de leur découverte et leurs photos, à l'équipe de l'Australian Bird and Bat Banding Scheme (ABBBS), ainsi qu'à l'équipe du Pūkorokoro Miranda Shorebird Centre pour leur retour. |
| Photos : © Liliane Guisgant – SCO |
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| Coup de jumelles — SCO |
Société Calédonienne d'Ornithologie (SCO), partenaire de BirdLife International en Nouvelle-Calédonie.
www.sco.nc |
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